[VS5] Un réveil aux aurores.

Par delà les cimes enneigées des pins cembros, s’étalait la toundra siverienne, vierge de traces humaines. Au loin, l’astre flamboyant se couchait en même temps que tombait ses lueurs magmatiques sur le manteau blanc, irradiant l’opale poudreux d’un tapis d’étincelles rosées et orangées.

Tout bas, il se murmurait que le soleil, ayant perdu son concours de beauté avec la lune, avait du lui céder la nuit. Et comme pour montrer à cette voleuse d’éclat qu’il restait le maître du feu, il projetait le soir, sur les allods toute la magnificence de son feu et parfois même, dans des teintes
nuancées allant du vert clair au violet, des rayons resplendissants, aurores boréales, témoins de sa fierté.

Divaguant comme des langues magiques à travers l’astral ténébreux, elles étaient pour les impériaux, signe de vie éternelle.



Lacérant l’horizon éteint, elle prolongeaient par brefs passages l’ombre d’une silhouette, perdue dans la noirceur nocturne. Comme pour repousser cet individu étranger hors de son territoire sacré.



Encapuchonné d’un cuir épais, les bras à l’intérieur de son pardessus en fourrure de Yak, le profane laissait d’un pas preste un long sillon à dans la neige. Rejetant la tête vers l’arrière, il enleva sa capuche et secoua ses cheveux doré dont l’aspect semblait terne à côté du spectacle qui se déroulait dans les cieux. S’humectant le visage d’une poudreuse tout juste tombée, il admirait les stigmates rouges sang des traînées astrales qui
fouettaient accompagnées de vents violents, les fastes lumineux des nombreux allods disséminés à travers l’univers, étoiles fragiles au milieu de l’inconnu déchaîné.

Les terres allodiales* siveriennes ne supportaient pas d’être foulées par une création qui n’avait pas été enfantées par cette région.



Reprenant son calvaire, essoufflé par la rage d’une tempête qui ne cessait, ses pas devenait plus lourd à mesure qu’il progressait à travers l’entrave des flocons amassés à ses pieds.

Son paquetage harnaché au ventre, s’aidant de son arc pour progresser, il titubait, rompu par la fatigue, se forçant douloureusement à continuer sa progression, sous les gifles neigeuses, comme on aurait cravaché un mulet exténué pour qu’il continue à avancer.

S’arrêtant à l’abri d’un bosquet, il posa son sac et s’écroula dessus, foudroyé par l’usure de la marche folle. Il sombra immédiatement dans un lourd sommeil sans même examiner si l’endroit était sûr.

Dans les limbes de ses rêves, il allait voguant sur les nuages de ses espoirs retrouver ce qu’il cherchait tant, sans savoir de quoi il s’agissait.



Dans le subconscient en alerte de l’éclaireur, s’agitaient des pensées troubles, et peu à peu l’image de son rêve devient cauchemar. Ceux-ci avaient toujours eu un effet très puissant sur Swa. Peut-être son psychisme en était-il à l’origine. Quoiqu’il en soit, ce dernier le réveilla dans un automatisme de survie.



Glacé par la neige qui le recouvrait, en même temps réchauffé par les lueurs chaleureuses de l’aurore polaire, il se réveilla suffocant, cherchant son souffle à travers le froid soudain qui lui mordait le ventre et l’horreur de son trauma*.



Devant lui, se tenait un être à l’aspect cadavérique, au teint blafard, émacié plus blanc encore que la neige. La couleur de sa peau reflétait la froideur et la cruauté qui se dégageait de cet « chose » à moitié vivante.



La créature arisen l’avait suivi depuis son entrée en Siveria et attendait le moment propice pour laisser aller son âme démoniaque aux pires horreurs sur ce jeune Kanian. Il suintait la haine, et le dégoût perlait autour de lui tel le pus d’une pustule en cloque.



C’est cette aura d’atrocité qui avait éveillé le dormeur du bosquet. Il faisait désormais face à un être qui, désarmé, devenait une proie facile pour un psionique. Trop facile même.



Ce dernier devant la surprise de Swa, parti d’un rire dur et sinistre, ne le quittant jamais des yeux savourant le carnage cérébral à venir.



Aussi inattendu qu’il puisse paraître, Swa l’imita, dans un registre plus joyeux stupéfiant l’être maudit qui le dévisageait désormais avec incompréhension.



- « Vous pensiez certainement m’atteindre en plein sommeil ou à mon réveil, puisque tel que je vous vois, je suis sans défenses. », lâcha Swa, accompagné d’une pitié non dissimulée à l’égard de l’arisen.




- Jeune idiot, lâche t’il, as-tu seulement conscience de mes pouvoirs psychiques ? railla d’une voix enrouée et monocorde la créature démoniaque.




- Je n’aurais pas la prétention de m’opposer aux grands pouvoirs qui sont les vôtres si vous n’aviez pas fait une erreur monumentale en approchant.




- C’est toi qui a fait une erreur en ne vérifiant par les alentours avant de t’endormir jeune sot. Comme le dit la stèle que tu recherches, en témoigne les quatre premières que tu possèdes, « le sommeil est un état dangereux pour l’imprévoyant, les loups qui rôdent exploitent l’inconscience du dormeur pour le dépouiller, pour le dépecer. » Et je m’en vais maintenant en faire de même non pas avec ton inconscience puisque tu est réveillé mais de par mes pouvoirs mentaux, avec ton inconscient. Conclu t’il dans un rictus effroyable mêlant plaisir et folie.



- Les orcs sont trop lourd pour m’approcher sans bruit, les xadaganiens sous leur attirail produisent un bruit monstreux, et de par le froid qui règne ici, ils n’auraient pu s’en débarrasser.





- C’était sans compter sur la venue d’un arisen ! cracha t’il, vexé d’avoir été oublié par le jeune homme.




- Non, ne succombez pas à l’énervement, ça ne ferait qu’accélérer le processus de mort auquel vous êtes voué. J’avais bien pensé à l’un des votre. Mais vous ne représentiez pas un danger, et aussi longtemps que nous seront ici en présence de cette tempête, vous serez à ma merci.




- Vous vous pavanez encore dans un raisonnement de survie, mais votre bluff n’a pas d’effet sur un être sans peurs ! Adieu pauvre âme.



Dans un accès de rage, il fixa le kanian et déversa mentalement sa haine et sa rancœur de n’être qu’un zombie hideux, être dégoûtant à côté de ce jeune homme dans la fleur de l’age.

Mais sans effet.



- Je vous ai prévenu, vous ne faites que retarder votre funeste destin. Et si vous vous demandez quels démons me protègent, interrogez cette tempête boréale. Les aurores polaires modifient les champ magnétiques et vous n’êtes pas sans savoir compte tenu de vos vies séculaires et des apprentissages
qu’elles incombent, que le cerveau est contrôlé par des impulsions magnétiques.
Ainsi, votre psychisme exacerbé permettant un contrôle mental ne peut m’atteindre, puisque de ce fait vos aptitudes psychiques le sont aussi. Et j’ose estimer à raison que compte tenu de votre carrure, et ce malgré vos 30 centimètres de domination sur moi, quelques coups bien placés à la dague vous rabattront cet inépuisable caquet que vous auriez mieux fait de fermer.



Après avoir lancé ces ultimes remarques, comme pour condamner un esprit damné, il bondit sur l’arisen qui, trop fier pour esquiver le moindre geste, ouvrit ses bras, comme un ange prêt à rejoindre le ciel, et succomba immédiatement au coup que l’archer lui porta au thorax.



Savatant violemment la tête de sa victime d’un coup de talon lui broyant le crâne, Swa asséna :



« Je peux enfin plonger sans remords dans la paix du sommeil. »



Puis il s’endormi se promettant de ne plus jamais se reposer sans vérifier de fond en comble les lieux. Heureusement qu’il y avait une aurore boréale… Une telle chance n’arrive jamais deux fois.







*Allodial : opposé de féodal, terre dont quelqu’un à la propriété absolue. Ici, elle appartiennent à Siveria, c’est à dire à la Nature, ce qui explique la rudesse de cet endroit.



*traüm : en allemand, rêve, mais signifie également cauchemar, issu du terme grec traumaticos, blessure, qui a donné traumatisme.

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